Iran / 2000 / Sortie France le 24 janvier 2001
Mohammad est un écolier âgé de huit ans qui étudie à Téhéran dans une école pour aveugles. Une année passe et en compagnie de son père, il retourne dans
son village natal. Il découvre la nature. Son père se croit maudit.
Né à Téhéran en 1959, Majid Majidi commença par le métier d'acteur, brûlant d'abord les planches, avant de se consacrer au cinéma notamment dans les
premiers films de Mohsen Makhmalbaf. En 1991, il passe derrière la caméra en mettant en scène Baduk, qui est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs
au Festival de Cannes. Suivront Le Père et surtout Les Enfants du Ciel en 1999, Grand Prix au Festival de Montréal et nominé pour l'Oscar du Meilleur Film
Etranger.
Avec La Couleur du Paradis, il avait pour idée de filmer la découverte de la nature et de l'existence par un enfant aveugle.
Le petit Moshen Ramezani est aveugle de naissance. De son propre aveu ce film lui a permis de découvrir le monde.
Le cinéma iranien est devenu la coqueluche des festivals. L'Iran, malgré un régime très autoritaire, a une antique tradition cinématographique. Dès la naissance
du cinéma, des spectacles ambulants passaient de villes en villes. Ce pays est donc un vivier de grands cinéastes qui suivent l'exemple d'Abbas Kiarostami
(Le Goût de la Cerise, Palme d'Or en 1997). Au Festival de Cannes 2000, Samira Makhmalbaf a obtenu le prix du jury à Cannes, Bahman Ghobadi et Hassan Yetapanah
se sont partagés la caméra d'or pour Un Temps Pour L'Ivresse des chevaux et Djomeh. Le Cercle de Jafar Panahi a obtenu le Lion d'or à Venise, et ce présent
film, La Couleur du Paradis a raflé le Grand Prix au Festival de Montréal et au Festival du Film d'Action et d'Aventures de Valenciennes 2000, ainsi que
le Prix du Public de ce dernier.
LA PEAU DE LA CERISE
" J'ai peur pour toi mon fils "
La Couleur du Paradis est un film rare, d'une force émotionnelle qui emporte tout sur son passage.
L'Iran est décidément un pays au mille talents cinématographiques. Avant le 31 janvier et la sortie très attendue de Le Cercle de Jafar Panahi, Lion d'Or
à Venise, le cinéma iranien nous offre un nouveau grand film.
En effet, une fois de plus, un metteur en scène iranien s'empare d'un sujet simple - le sort d'un enfant aveugle dans une structure paysanne - pour tisser
une oeuvre forte, à la fois méditation sur la nature, drame familial, suspense psychologique et même film quasi-fantastique. Dans un Iran, méconnaissable,
un paysage de forets après le désert rocailleux du Goût de la Cerise, les champs de Le Vent Nous Emportera et les montagnes enneigées d'Un Temps Pour L'ivresse
des chevaux, Majif Majidi filme la découverte du monde d'un enfant aveugle, orphelin de sa mère, non désiré par un père s'estimant maudit, avec un sens
de la mise en scène digne des plus grands réalisateurs. Certains plans rappellent ainsi les films de Terrence Malick surtout, Les Moissons du ciel.
Dès le premier quart d'heure, dans une école spécialisée de Téhéran, le film évite l'écueil du misérabilisme pour confiner au sublime.
L'arrivée de Mohammad dans son village natal, est un triomphe. Toute sa famille ou presque, ses soeurs, sa grand-mére, le vénèrent comme un demi-dieu. Le
petit Mohammad, Moshen Ramezani, incroyablement juste bien sûr, découvre peu à peu les plantes, les animaux, l'envie d'apprendre. Son cheminent devient
le notre, et ,magie du cinéma, on sent presque au toucher la flore et les arbustes que saisit tendrement Mohammad. Il s'ouvre aux autres pour apprendre
la vie, tandis que son père s'enferme peu à peu dans le mutisme, lui qui souhaite se remarier malgré " ce fardeau ". En quelques plans, le père qui se
rase, un léger travelling sur la tête de l'enfant au bord de l'eau, Majid Majidi distille une ambiance de thriller, assombrissant ce conte bucolique par
l'âpreté du réalisme : le jeune aveugle est un enfant handicapé pour celui qui doit se sacrifier.
La force de La Couleur du Paradis est de nous faire aimer le père comme l'enfant. Si le comportement du père nous indigne comme lors du déchirant abandon
de Mohammad à un menuisier lui aussi aveugle, il reste humain, compréhensible. Hossein Mahjub est un acteur extraordinaire. En un regard, il fait comprendre
l'état de lassitude, de folie, de tristesse de ce père qui se condamne lui-même. Sa mère prononce cette phrase terrible comme une malédiction " J'ai peur
pour toi mon fils " et le film bascule dans le cauchemar de cet homme, incapable d'accepter son destin.
Dans la troisième partie du film, il ne reste à l'image que le père, l'enfant et la nature. Majid Majidi multiplie alors les prises de vues aériennes pour
souligner le regard de Dieu sur Hashem tenté par le Mal. Ce message religieux n'est pas exposé à but de propagande, ce n'est pas l'Islam qui est évoqué,
mais bien la foi et le divin dans une attitude presque animiste qui rappelle un peu les films japonais.
Le dernier plan, la main tendue du petit enfant sur l'épaule de son père vaut donc bien toutes les absolutions de la terre et du ciel.
Un seul mot pour résumer : magnifique
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